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La couleur appartient à un champ de recherches et d’activités cross-disciplinaires où progrès scientifiques, démarches de conception et techniques de mise en couleur offrent des opportunités afin de repenser les colorations de nos produits et de nos services, vers un ancrage territorial fort et qualitatif. Principalement chimique et reproductible en masse durant les deux derniers siècles, la couleur connaît depuis les dernières décennies un renouveau dans le contexte de recherches ou de pratiques plus responsables, plus soutenables, et qui recherchent à rendre habitable le monde. Ce numéro spécial de la revue Technologie et Innovation analyse le statut de la couleur et de ses innovations en matière de design, au prisme de nouvelles logiques portées par la bioéconomie. Après avoir présenté les principaux travaux fondateurs définissant la couleur, cet article introductif analyse les nouvelles manières de penser les créations en art et design, avant d’évoquer les enjeux en matière de démarche chromatique productiviste pour les filières de production biosourcées. La dernière partie synthétise les articles de ce numéro spécial, articles qui détailleront par le biais d’études de terrains et de concepts fédérateurs, les enjeux du design-couleur de demain.
Nous prêtons rarement attention à la couleur dans ses fonctions et ses utilisations. Pourtant cette dernière entoure notre quotidien et renseigne sur l’histoire, la culture, la technique ou la santé des individus tout autant que de leurs environnements. Le design au service de la couleur, la couleur au service du design, le design-couleur engendre, c’est-à-dire invente et conçoit des projets et des produits tournées vers les « justes » besoins des hommes et des femmes. Sous la forme d’une introduction au design futur et à ses couleurs responsables ; à travers un panorama de démarches collaborées ; de recherches menées au sein d’ateliers-laboratoires et de bureaux d’études ; par le biais d’une analyse des tendances sociétales futures, le présent texte tente de formuler les enjeux, conceptions, représentations et postures d’un design-couleur biosourcé, entre arts et sciences, territoires et patrimoines humains et économiques, mode et beauté, alimentation et prendre soin, comme des alternatives méthodologiques et des méthodes de production prochaines faisant face aux imaginaires marchands promus par les modèles de conceptions actuelles.
Ce papier porte sur le procédé biotechnologique développé par l’entreprise PILI©, la synthèse enzymatique à partir de carbone renouvelable pour la production de molécules colorantes. Ce procédé innovant permet la production de colorants biosourcés, visant la réduction de l’empreinte environnementale de l’industrie de la couleur. Reposant sur les biotechnologies et des procédés hybrides alliant fermentation industrielle et chimie verte, l’entreprise produit aujourd’hui des gammes de couleurs performantes dédiées aux applications les plus polluantes : textiles, encres, polymères, peintures et revêtements. L’étude repose sur une revue de la littérature qui a permis d’établir un diagnostic des dernières innovations dans l’industrie textile française et la production de colorants biosourcés, identifiant ainsi le procédé développé par l’entreprise PILI© et de déterminer les freins, leviers et perspectives applicatives du procédé développé.
La thématique des couleurs biosourcées se trouve aujourd’hui au coeur de nombreux enjeux, notamment liés à des pratiques dites « alternatives ». Pami elles, la teinture naturelle offre de nombreuses possibilités. Il est ici principalement question du cas des lichens, petits êtres symbiotiques possédant un étonnant pouvoir colorant. Ambivalents, ils sont en effet employés au coeur d’usages traditionnels mais sont également très propices à l’expérimentation, menant ainsi à de nouvelles possibilités créatives. Au-delà d’une matière à coloration, le lichen devient ainsi matière à inspiration, notamment dans le domaine de la création textile. Une étude d’un exemple de processus tinctorial détaille les différentes étapes depuis le jardin jusqu’à la cuisine, mettant ainsi en lumière l’importance du cheminement. Enfin, une mise en pratique autour de l’association de deux matières colorantes (le lichen Evernia Prunastri et les oignons jaunes), illustre quelques possibilités d’exploration, soulignant la diversité des paramètres pouvant faire évoluer les palettes colorées ainsi élaborées.
L’analyse commence à partir de l’exploration d’un terrain réalisée sur un site girondin touché par les incendies à l’été 2022. Du territoire accidenté ressort des matières transformées source d’exploration de couleurs et de matières dans le cadre d’une pratique de la céramique. Comment la pratique de la céramique vient-elle révéler les singularités chromatiques de ces composants pour les penser comme des couleurs dites biosourcées ? De la collecte, à la technique vers la valorisation de matières territoriales, l’enjeu est de reconnaître une couleur comme attachée à une localité et un patrimoine en fabriquant la couleur à partir de ressources naturelles et/ou recyclables.
Il persiste un écart entre la diversité des miels mono- et polyfloraux réellement produits en Occitanie -région dans laquelle se situe l’étude- et celle que l’on retrouve à la table des français. Seuls quelques miels d’acacia, de châtaignier, de lavande ou « toutes fleurs » iconiques sont mis en avant par les lieux de distribution qui participent à stéréotyper les goûts et les couleurs des miels. Contrairement aux filières viticoles, oléicoles ou plus récemment brassicoles qui sont en pleine expansion, le consommateur identifie les miels via des critères restreints de couleurs, de textures et de saveurs. Ce phénomène d’appauvrissement des productions est principalement dû à la méconnaissance des qualités de miels ainsi que de son environnement géographique. L’image de l’abeille comme fleuron de la biodiversité et de la santé environnementale ainsi que le symbolisme porté à la couleur miel et aux produits de la ruche participent à la construction et à la promotion d’une image-territoire, une représentation collective de l’identité du terroir apicole façonnée par le sol, le climat, les hommes et les imaginaires. L’enjeu est alors de faire terroir apicole pour mettre en avant un secteur fédérateur et porteur d’innovations patrimoniales. Dans ce contexte, le design-couleur réenvisage les lieux du miel, entre collectes chromatiques et couleurs imaginées pour dessiner un nouveau colorama du miel.
Au-delà de son statut d’accessoire du peintre, la palette est aussi un outil de conception, un espace de représentation et de modélisation paradigmatique de la pensée coloristique et du design couleur et sensoriel, qui se révèle d’une grande versatilité applicative et recèle une capacité de transférabilité inter-champs. La palette senso-chromatique vise, à travers la caractérisation et l’ordonnancement des marqueurs sensoriels et chromatiques des bioressources locales et de leur « milieux de culture », à structurer une identité senso-chromatique de territoire alimentaire transférable et exploitable dans différents contextes et secteurs de valorisation et de production alimentaire. Partant d’une courte expérimentation collaborative autour du terroir Nord-Pas-de-Calaisien alliant conception de palettes et créations culinaires, cet article s’attache à mettre en perspective les modèles théoriques et pratiques d’une telle démarche, à en formuler les enjeux et à en envisager le potentiel d’application et d’innovation notamment pour la filière agro-alimentaire.
La cosmétique biologique certifiée se différencie de la cosmétique végane par la nature des matières premières qui la compose. Bien que le véganisme admette des ingrédients non naturels, le couple bio-végan forme un lexique associé à la représentation de la naturalité au sein de la société. Il en résulte une palette de vocabulaires et de couleurs spécifiques auquel s’ajoute la matière. Cette recherche s’inscrit dans le cadre d’une convention CIFRE. Le fard y est abordé comme matière-couleur à appliquer, à nommer et à formuler, en vue d’une production industrielle.
2025
Volume 25- 10
La couleur : bioéconomie et design2024
Volume 24- 9
Les filières de production dans la bioéconomie2023
Volume 23- 8
Intelligence artificielle et Cybersécurité2022
Volume 22- 7
Trajectoires d’innovations et d’innovateurs2021
Volume 21- 6
L’innovation collaborative2020
Volume 20- 5
Les systèmes produit-service2019
Volume 19- 4
L’innovation agile2018
Volume 18- 3
Innovations citoyennes2017
Volume 17- 2
Innovations de mobilité. Transports, gestion des flux et territoires2016
Volume 16- 1
Stimulateurs de l’entrepreneuriat innovant