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Ce document présente une analyse bibliométrique d’un corpus de 187 sources bibliographiques récentes dédiées à la guerre cognitive. En appliquant une classification sémantique automatisée basée sur le cadre analytique de Hoffman, on a identifié des tendances structurantes du domaine de publication. Les résultats montrent une prédominance marquée de l’approche informationnelle (44,9 %) sur les aspects neuroscientifiques (14,4 %), tout en révélant une émergence des stratégies de résilience (14,4 %) sur les dernières années. Ces données suggèrent que le domaine conceptuel de la guerre cognitive est en phase de transition doctrinale, passant de la théorie à l’opérationnalisation défensive, permise en partie par la réduction de la complexité du problème, à une dimension principalement informationnelle.
La guerre cognitive se caractérise par une volonté de modeler la pensée de l’adversaire en agissant sur ses représentations mentales. Dans ce contexte, la dissimulation ne constitue pas un simple outil annexe, mais bien une modalité structurante de l’action cognitive. En intervenant à chaque étape de la chaîne cognitive - de la donnée à la connaissance - elle permet à l’agresseur de rester invisible tout en influençant durablement les processus mentaux de la cible. Cet article explore les différents mécanismes de dissimulation cognitive, en s’appuyant sur une approche systémique : saturation informationnelle, invisibilisation du stratège, usage de tiers médiateurs, ruses inspirées de la mètis grecque ou doctrines contemporaines comme la maskirovka. L’étude propose une modélisation des effets de la dissimulation sur la perception et l’action stratégique, et en souligne les implications éthiques, doctrinales et politiques.